| Textes choisis de Maurice Bellet |
L'épreuve,
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1. |
| 17 manières de prier sans en avoir l'air |
| I - Marcher de long en large dans une église romane, belle, assez grande Saint Philibert de Tournus par exemple ou dans une église gothique Chartres, Reims, Bourges ou baroque, comme la Wieskirche et ne penser à rien rien du tout laisser le regard errer laisser la pierre chanter laisser le lieu dire et s'en aller; au bout d'un temps, sans aucune hâte. II - Lire un livre de forte pensée III - Ouvrir la Sainte
Ecriture IV - Dire une demande du Notre Père V - Se désoler infiniment
de ne pas prier VII - Comme un petit enfant, dire des
choses à Dieu VIII - Converser de choses et d'autres IX - Ouvrir la Sainte Ecriture X - Désirer, désirer
désespérément |
XI - Ecrire par plaisir, par goût, pour voir écrire pour écouter ce que le bruit ordinaire recouvre ou embrouille y compris le bruit des mots Laver les mots jusqu'à ce qu'ils soient tout purs et ronds et lisses ou bien aller par les chemins foisonnants ou bien refaire, indéfiniment refaire pour approcher un peu plus ce qui manque et insiste écrire pour aller vers le point là-bas qui communique avec l'au-dessus et l'en deçà de tout mot. XII - Ecouter la musique XIII - Se tenir dans la paix XIV - Sortir de l'église XV - Douter, intensément douter de
Dieu XVI - Ni les images, ni le texte, XVII - Travailler de ses mains |
Le
lieu du combat |
Car vous commencerez par le
respect. |
| Ils étaient, en
somme, bien habitués à la maison. Elle avait ses
inconvénients, on n'y était pas toujours à l'aise :
mais rien de plus facile que d'en sortir et d'aller se
baguenauder en ville. Mais ce soir est arrivé l'épouvantable : ça bouge, le sol bouge sous nos pieds ! Et de se précipiter aux fenêtres, de monter vite les escaliers de sortie, pour voir. La maison était navire, et nous voici en mer ! Il y a des colères et des angoisses indescriptibles. Car nous voulions bien de votre bateau, nous y étions chez nous, mais à quai, bon Dieu, à quai ! |
Les
survivants |
| Impossible, ici,
de se reposer sur le passé, sur les avoirs déposés en
banque, sur les trésors entassés au long des siècles,
les lois, les sagesses ; sur les livres en longs rangs
des bibliothèques, sur les maîtres reconnus, sur la
bonne éducation ; sur le pouvoir rassurant des princes.
Ici, l'on doit tout faire soi-même, rien n'est
définitivement gagné ; inventer, recommencer, c'est le
pain quotidien. Bref, nous sommes pauvres. C'est pourquoi l'avenir nous appartient. Nous sommes sûrs de l'avenir à un point que vous ne pouvez imaginer. Non comme on peut être sûr du passé, bien entendu : c'est pourquoi notre assurance vous paraîtrait angoisse et incertitude. Mais il nous suffit de vivre ; et à chaque jour suffit sa peine. |
| La petite fille
au miroir se promène dans les rues. Elle est gaie, elle
est gentille, et les gens sourient de la voir. Alors,
elle tend son miroir devant leurs visages , pour qu'ils
se voient. Et les gens ne sourient plus du tout : ils se
voient. Il y en a qui se fâchent tout à fait. Ils veulent lui arracher des mains le miroir, ils veulent le briser, ils veulent la battre, lui arracher les cheveux, lui crever les yeux. La petite fille leur échappe d'un bond. Et leur dit, toujours gaie et gentille : "Est-ce ma faute, à moi ? " |